«Plus une langue est compliquée, plus l’enfant s’amuse»



Jacqueline Feuillet, professeur à l’université de Nantes défend l’apprentissage des langues en
maternelle.

Jacqueline Feuillet a coordonné la publication des actes du colloque «Les enjeux d’une sensibilisation très précoce aux langues étrangères en milieu institutionnel».

Cet ouvrage est disponible au CRINI (Centre de Recherche sur l’Identité Nationale et l’Interculturalité). crini@univ-nantes.fr ou www.univ-nantes.fr/crini

Les raisons de ce choix :
Entre 3 et 6 ans, l’enfant a des facilités d’acquisition naturelles. Son cerveau est malléable. Il
n’a pas conscience des difficultés d’une langue. La spontanéité de l’enfant va de pair avec
l’absence d’inhibition. Il ne va pas se bloquer comme un adolescent peut le faire. Quand
l’élève n’a pas peur de faire des erreurs de prononciation, il acquiert les bons réflexes plus
vite. Plus la langue est compliquée, plus ça l’amuse. Il prend cela comme un jeu, alors que les adultes ont tendance à «paniquer». Enfin, c’est plus facile d’apprendre une langue lorsque tout n’est pas encore figé dans sa langue maternelle. En complément notre article en fin de texte sur les avancées de la neurobiologie.

L’approche pédagogique :
En maternelle, il s’agit d’une sensibilisation, et non d’un apprentissage, comme les textes
l’exigent à partir du CE2. Il ne faut pas aborder l’écrit trop tôt au risque qu’il y ait des
interférences avec la langue maternelle. Une langue étrangère n’est pas une matière comme
les autres. Elle peut s’enseigner de manière ludique, à travers d’autres activités: des chansons, des comptines, du découpage, du théâtre… Quand un enfant fait du sport en allemand par exemple, il retient sans s’en rendre compte.

Le ressenti de l’enfant face à l’apprentissage d’une langue étrangère :
La pratique d’une langue étrangère est valorisante. Un enfant qui a du mal à l’école peut
éprouver du plaisir et être fier de montrer qu’il sait s’exprimer différemment. Les langues
étrangères peuvent aider un élève en retrait à se libérer.
Le développement de cet apprentissage au sein de l’école publique française :
L’expérience de l’apprentissage précoce des langues étrangères a débuté sous le
gouvernement Jospin en 1989.On constate que l’apprentissage se fait de plus en plus tôt mais il est cependant de moins en moins diversifié car l’anglais est la langue la plus choisie, au détriment des autres.

L’apprentissage des langues étrangères dans les autres pays :
Les pays nordiques sont beaucoup moins frileux à l’enseignement précoce des langues. Leurs élèves ont besoin de savoir parler anglais très tôt pour communiquer avec le reste du monde.
Certains pays enseignent deux langues étrangères différentes dès le primaire. On pourrait
multiplier les langues sur l’ensemble du cursus scolaire. Il ne faut pas être trop ambitieux
mais il faut savoir que ça n’est pas irréalisable.
En complément de ces positions il est utile de rappeler cette étude parue dans
Biological Psychology, en mai dernier.
Le cerveau ne parle qu’une seule langue, celle que l’on a appris étant bébé !
La simple analyse de l’activité cérébrale d’un individu permet de découvrir sa langue
maternelle, soutiennent des chercheurs italiens. De plus, pour la première fois, un lien entre
l’activité cérébrale et l’expertise d’une personne dans une autre langue est montré. De
précédentes études n’avaient montré aucune différence entre la langue maternelle et d’autres
langues dont le locuteur avait une excellente maîtrise.

Les travaux du Professeur Alice Mado Proverbio, de l’Université Milano-Bicocca, ont montré
des différences évidentes dans l’activité cérébrale d’une personne lorsque des mots lui sont
présentés dans sa langue maternelle et dans d’autres langues.
L’étude a été menée sur une quinzaine d’interprètes italiens de l’Union européenne. Pendant
plus d’un an, leur activité cérébrale a été analysée et comparée.
Selon la chercheuse, l’apprentissage de la langue maternelle, contrairement aux autres
langues, se fait avant l’âge de cinq ans. Le cerveau intègre et se remémore de manière
différente les langues apprises tôt dans l’enfance et celles apprises plus tard au cours de la vie.

Ainsi, la langue maternelle est apprise à un âge où le cerveau emmagasine aussi un savoir
précoce visuel, acoustique et émotionnel. Du coup, la langue maternelle déclenche une série
d’associations dans le cerveau qui se manifestent sous la forme d’une activité électrique
accrue.
Notre langue maternelle est la langue que nous utilisons pour penser, rêver et ressentir les
émotions.
Toutefois, les personnes bilingues ayant appris une seconde langue avant leur cinquième
anniversaire ne présentent pas les mêmes manifestations. Serait-ce l’exception qui
confirmerait la règle ?

Source: Unosel




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