Comment aider les enfants à supporter la crise sanitaire qui dure depuis plus d’un an ?



Nos Bambins a interviewé Nancy Bihari Andersson de l’application Mindler pour lui demander quelques conseils pour mieux vivre en famille les épisodes de restriction de liberté à répétition.

Nos Bambins : Entre confinement(s) selon les régions, couvre-feu, enseignement à distance,  port du masque à partir de l’école élémentaire, limitation de la vie sociale en dehors de l’école, comment accompagner les parents face à autant de bouleversements de leur quotidien personnel et professionnel depuis un an ?

Nancy Bihari Andersson : « Il faut essayer de maintenir une « routine » pour reprendre du contrôle dans une vie où tout le monde a perdu du contrôle. Dans cette routine, on peut inclure :

  • la pratique de sport en intérieur (yoga y compris pour les enfants, gymnastique …) et à l’extérieur (course, vélo, basket…) si les activités sportives des enfants ne sont plus autorisées pour le moment ;
  • une hygiène alimentaire appropriée à cette activité plus ou moins confinée ;
  • un temps pour jouer ensemble ;
  • de la lecture ;
  • des activités manuelles ;
  • imaginer et mettre en œuvre des projets concrets et réalistes qui peuvent être faits à la maison, comme faire pousser des plantes pour les voir grandir (ce qui permet de prendre conscience du temps qui passe) ;
  • faire du bricolage, changer la décoration de certaines pièces ;
  • – etc.

Il est important qu’il y ait un avant, un pendant et un après. Il est également primordial de continuer à fêter les événements (ne pas les reporter pour plus tard). Pour les anniversaires, maintenir les préparatifs (décoration, cuisine …) même s’ils ne sont pas célébrés pas avec les camarades mais seulement en famille.

Il faut essayer d’évaluer le niveau d’anxiété des enfants pour pouvoir répondre à des besoins différents d’une vie plus libre et qu’ils ne savent pas forcément exprimer en fonction de leur âge. Le niveau d’anxiété va être perceptible par la qualité du sommeil, le niveau de fatigue, le niveau d’opposition, d’irritabilité, de conflits, par l’alimentation (perte ou gain d’appétit), etc.
Afin d’aider la communication avec les enfants, il ne faut pas hésiter à utiliser des supports de parole (images des émotions trouvés en libre accès sur internet, ou passer par le jeu « est-ce que ton doudou ou ta poupée a peur », « est-ce qu’il est triste ou en colère ? ») pour obtenir des réponses directes ou indirectes.

Communiquer au maximum avec les enfants est primordial, même si souvent on souhaite les « protéger » en ne leur parlant pas des difficultés « d’adultes » (perte de travail, difficultés financières, deuil dans la famille, état d’anxiété passager ou plus long, etc.) : les enfants étant des « éponges émotionnelles », ils ressentent quand il y a un problème important et s’imaginent souvent les choses pires qu’elles ne le sont réellement s’ils n’ont pas le minimum d’éléments qui leur permet de se faire une idée de la situation.  

Il est donc primordial d’expliquer factuellement aux enfants et avec des mots simples les difficultés rencontrées (sans forcément rentrer dans les détails et en faisant attention de ne pas être débordé par nos émotions, car l’enfant ne doit pas avoir à nous réconforter). Il est important de les rassurer en leur expliquant les solutions possibles.

Il est également très important de parler du deuil (surtout que la tenue des cérémonies est bouleversée), d’évoquer la personne décédée avec l’enfant et de répondre à ses questions. Il existe des supports pour parler avec les enfants notamment réalisés par la Fédération Européenne « vivre son deuil » et leur explique ce qu’est un enterrement et ce qu’est une crémation ».

Nos Bambins : Comment expliquer aux enfants la situation actuelle dans son ensemble ?

Nancy Bihari Andersson« Le site internet Cocovirus est très bien fait pour que les parents puissent accompagner les enfants à comprendre la situation actuelle : de très nombreux thèmes sont abordés. C’est un bon support que les parents doivent d’abord s’approprier avant de le regarder en famille.  Cette ressource documentaire sur le virus est un aussi un bon support pour parler avec les enfants.

Les enfants sont envahis d’informations en tout genre à propos de la situation (école, copains, télévision, internet, réseaux sociaux …). Il est important de les laisser s’exprimer et de les aider à faire le tri entre les fausses et les vraies informations et de limiter l’accès aux informations anxiogènes peut également aider à apaiser les angoisses des enfants. 

Nos Bambins : Comment expliquer aux enfants la raison des mesures de protection qui s’appliquent aussi à eux et plus seulement aux adultes ?

Nancy Bihari Andersson« Il est essentiel d’expliquer d’abord à quoi sert le masque : il permet de bloquer les gouttelettes qui sont émises quand on parle et dans lesquelles se cache le virus. Il est utile pour protéger les autres et se protéger soi-même. 

Les enfants même jeunes sont en mesure de comprendre -avec des mots simples- que les personnes qui dirigent la France prennent des décisions en fonction des connaissances qu’ils ont à un moment donné. Le virus étant nouveau, on en apprend tous les jours sur lui donc les recommandations des scientifiques changent au fur et à mesure que les chercheurs et les médecins en apprennent sur le virus.

Il y a quelques mois on pensait que ce n’était pas nécessaire pour les moins de 10 ans mais depuis les médecins ont appris de nouvelles choses et le recommandent pour les plus jeunes. »

Nos Bambins : Comment expliquer aux enfants pourquoi ils sont « privés » une fois encore de leurs activités sportives et extra-scolaires en intérieur ?

Nancy Bihari Andersson : « Il est très difficile de faire une activité sportive en portant un masque -qui empêche de s’oxygéner facilement- et quand on fait du sport on respire beaucoup donc on risque d’émettre beaucoup de gouttelettes. C’est pourquoi de nombreuses activités extra-scolaires ont malheureusement dues être annulées. 

L’arrêt des activités extrascolaires n’est pas une punition contre l’enfant mais un effort que nous devons tous faire pour se protéger du virus. Cet arrêt est temporaire, on ne sait pas quand mais ce sera de nouveau possible. Il est possible d’aider l’enfant à se projeter en posant des questions comme : quelle activité voudras-tu faire quand ce sera possible ou, y a-t-il une activité réalisable depuis la maison que tu voudrais faire ? 

Certains professeurs, certaines associations sportives et fédérations proposent des cours par écrans interposés et qui peuvent être réalisés à la maison pour pallier le manque d’activité sportive, en attendant la reprise. »

Nos Bambins : Quels sont les leviers ou les outils que l’on peut employer pour aider les enfants à comprendre et à accepter une situation avec laquelle même les adultes ont du mal ?

Nancy Bihari Andersson : « Pour la plupart des enfants et des familles,  il est essentiel de renforcer nos ressources, c’est-à-dire de prendre conscience des moments de plaisir et de ce qui va bien.

Pour ce faire l’exercice des trois gratitudes par jours est un bon outil : on demande à l’enfant trois gratitudes/moments de plaisir de la journée, et toute la famille fait ensemble l’exercice chacun son tour. 

On peut aussi renforcer l’ancrage dans le corps en prenant conscience de nos sens : écouter de la musique ensemble et fermant les yeux ou danser ensemble.  

En outre, il est utile de normaliser le fait que parfois, nous n’allons pas bien face à une situation difficile et frustrante. Des fluctuations d’humeur et des émotions douloureuses font partie du processus d’adaptation à une situation exceptionnelle. La tristesse, la déception, la colère ou bien d’autres vont et viennent, et elles s’en vont d’autant plus vite que l’on peut mettre des mots ou des images dessus. 

Pour finir, maintenir le lien social est primordial, qu’il soit physique (en respectant les gestes barrières, lavage des mains, port du masque, distanciation physique) ou par écran.

Si l’on est inquiet pour son enfant, on peut se tourner vers les professionnels Mindler qui sont à même de conseiller les parents ou de les orienter, eux ou leurs enfants vers une personne appropriée. »

Nos Bambins : Quelles perspectives raisonnables les parents peuvent-ils donner aux enfants pour les aider à s’adapter, à comprendre et à supporter une situation qui pour le moment n’a pas de terme ?

Nancy Bihari Andersson : « L’usage d’un calendrier à la maison peut être très utile pour que les enfants gardent leurs repères dans le temps : on y indique tous les moments importants de la famille : anniversaires, fêtes, vacances…). Ils peuvent l’illustrer, y mettre des photos par exemple pour visualiser le temps qui passe. Il est important d’expliquer que la situation est incertaine mais que quoi qu’il arrive, ses parents sont là pour l’accompagner et partager ces moments avec lui. 

Une autre approche consiste à demander comment, il ou elle voudrait que soit son quotidien ou quelles sont ses envies pour les prochaines vacances. Écouter ses envies et ses attentes peut lui faire du bien. Il se sentira écouté même s’il n’est pas toujours possible en ce moment d’apporter de solutions immédiates.

Il est plus facile pour les enfants d’aller bien quand leurs parents vont bien donc, chers parents : prenez soin de vous ! Et si cela la situation est trop pesante à vivre, n’hésitez-pas à demander de l’aide :  face à une situation exceptionnelle, on peut parfois avoir besoin d’une aide exceptionnelle. »

Pour finir et se projeter dans l’avenir, découvrir cette bande dessinée avec les enfants peut permettre d’expliquer la situation. »

Anne Vaneson-Bigorgne

Merci à Nancy Bihari Andersson, psychologue pour l’application Mindler, qui œuvre depuis 2018 pour un accès à la santé mentale pour tous, en mettant à disposition des psychologues diplômés et des traitements empiriquement et scientifiquement validés via une technologie sécurisée.

 




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