Pendant les vacances d’été : pause ou cahiers de vacances pour les enfants ?


Dans le jargon journalistique, les cahiers de vacances s’appellent un marronnier, un sujet qui revient chaque année à la même époque en référence à un marronnier rose qui refleurissait tous les ans aux premiers jours du printemps sur la tombe des gardes suisses tués à Paris pendant l’invasion du Palais des Tuileries. Chaque année, la floraison de cet arbre faisait l’objet d’un article dans les journaux. C’est devenu l’expression consacrée pour les sujets itératifs et prévisibles d’une année sur l’autre.

Un marché juteux

Il se vend près de 4 millions de cahiers de vacances par an dont les ¾ entre le 15 juin et le 15 juillet pour un chiffre d’affaires d’environ 25 millions d’euros*. L’année scolaire n’est pas encore terminée que certains parents les ont déjà achetés ! Les parents y sont attachés, les enfants beaucoup moins, puisque moins de 25 % sont terminés avant la rentrée.

Une offre toujours plus diversifiée

Aujourd’hui plus qu’hier, et bien moins que demain, l’offre est pléthorique ! Des cahiers, des dvd, des sites en ligne, des applications à télécharger sur les tablettes… Difficile d’y échapper. Cette offre, constamment renouvelée et toujours plus inventive, semble en « légitimer » l’usage auprès des parents pendant les vacances voire durant la période scolaire.

L’école est finie, une coupure s’impose

A peine l’école terminée, faut-il demander à nos enfants de faire des pages desdits cahiers tous les jours ou presque ou au contraire les laisser faire une pause en se disant que l’année scolaire a été exigeante et que ce ne sont pas quelques semaines de pause qui vont leur faire oublier les notions acquises tout au long de l’année.

Sans réelle coupure, comment peuvent-ils faire la différence entre l’année qui se termine et celle qui va commencer ?

Les cahiers de vacances : pour qui et pour quoi faire ?

Quand ils ne sont pas demandés par les enfants, leur utilité est limitée ! Et s’ils n’existaient que pour rassurer les parents, la question peut se poser.

Pour les parents d’élèves en difficulté, ils sont considérés comme des soutiens pour permettre aux enfants en échec de tenter de surmonter leurs lacunes et de minimiser le stress lors de la rentrée. Mais n’y va-t-il pas autre chose à faire et à partager avec les enfants pendant les vacances ?

Si les enfants n’ont pas eu de difficultés particulières pendant l’année, pourquoi oublieraient-ils en deux mois leurs acquis ? Et quand bien même ils auraient eu du mal avec l’une ou l’autre des notions au programme de la classe supérieure à la rentrée, est-il nécessaire d’emmener l’école en vacances, au risque de les décourager ? Faut-il maintenir les enfants dans le même rythme, avec les mêmes enjeux et la même pression, qu’au cours de l’année ?

De l’efficacité… ou pas… des cahiers de vacances

Une étude* menée par l’Iredu montre que seulement 23,4 % des enfants terminent leur cahiers de vacances alors que 72,2 % ne s’en sont servi que partiellement. Les auteurs-chercheurs Jean-Pierre Jarousse et Christine Leroy-Audouin en concluent que « les enfants qui ne vont pas au bout du cahier ne progressent pas plus qu’en enfant qui n’a pas travaillé pendant l’été. »

Et si l’été était fait pour que parents et enfants oublient la notion de « devoir » et passent différemment du temps avec leurs enfants, sans prolonger pendant l’été, ce qui est parfois déjà un véritable pensum pendant l’année scolaire ? Et si la notion de « vacances » existait pour faire disparaitre temporairement celle des « devoirs » ? La « liberté » de l’été est-elle compatible avec celle des devoirs ?

Il existe une différence entre inculquer (par la force de la répétition) et apprendre (par l’exemple, le savoir-faire…). Une différence entre ces deux verbes, d’ailleurs, qu’Octave Mannoni, psychanalyste, a expliqué en s’appuyant sur l’étymologie du mot “inculquer” : “faire entrer à coups de pied dans le cul”, là où le savoir-faire et l’expérience in situ pourrait constituer d’autres formes d’apprentissages.

Souvenirs, souvenirs !

En faisant preuve un court instant d’honnêteté rétro-active, au même âge que vos enfants, vous souvenez-vous de votre appétence pour les cahiers de vacances ? Etiez-vous demandeurs à peine l’école terminée, les carnets et bulletins du 3ème trimestre rapportés, de ces cahiers « ludiques » qui vous ramenaient inlassablement aux chapitres étudiés pendant l’année ? Les finissiez-vous ? Vous aviez envie de les ouvrir tous les jours ?

Suis-je vraiment la seule à avoir égaré mon cahier d’Allemand première langue de fin d’année 4ème dans le cirque de ma tente pour y échapper !

Appredre autrement pendant les vacances

Et s’il y avait des façons différentes d’accéder au savoir en période « non scolaire » ? Il est possible d’apprendre sans être en cours et sans être plongé dans un cahier de vacances, tout simplement en lisant, en regardant autour de soi, en jouant, en visitant une ville, un monument, une exposition, un musée, en pratiquant un sport, en partant à l’aventure à l’occasion de géocaching, etc.

Après tout, la visite d’un musée, d’un château médiéval ou d’un site archéologique vaut bien des cours d’histoire, non ?

Se lancer dans un match de foot intergénérationnel doit bien ressembler à quelques cours d’éducation civique sur le savoir-vivre ensemble ?

Faire lire à vos enfants un livre qu’à leur âge vous avez aimé et échanger vos impressions peut bien remplacer une lecture suivie en français ?

L’observation d’un insecte, d’un oiseau, d’un arbre fruitier en pleine production au bord d’un chemin de promenade peuvent s’apparenter à quelques leçons de choses (ça ne doit plus s’appeler comme cela depuis bien longtemps mais peu importe, vous avez compris l’idée !).

Et les exemples peuvent se multiplier à l’envi : tout peut être prétexte à compter, à décrire en racontant ses journées de vacances dans un journal de voyage par exemple dont le seul objectif serait que les enfants écrivent, sans s’arrêter à l’orthographe, la grammaire et la conjugaison, juste pour leur donner l’envie.

Et si les vacances étaient finalement l’école de la vie, le temps d’un moment bien identifié, pendant lequel relâcher un peu la pression ne ferait de nous ni des parents laxistes ni des parents démissionnaires ? Les enfants peuvent s’enrichir de tellement d’autres choses, autrement, avec plaisir et sans pression pendant l’été !

Pendant les vacances, apprenez à vos enfants à jouer les « Monsieur Jourdain » et incitez à faire de la prose sans le savoir ! Outre l’intérêt de passer des moments agréables avec vos enfants en partageant, en découvrant, en explorant… vous leur montreriez qu’ils peuvent apprendre en toutes circonstances sans que cela soit aussi « rébarbatif » que de noircir plusieurs pages de cahier de vacances !

Pour vous livrer des points de vue de professionnels différents, Nos Bambins a interrogé Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, spécialiste de l’éducations et des rythmes scolaires ainsi que Florent Duchesnepréparateur mental qui travaille notamment avec des enfants et des adolescents sur la façon de se fixer des objectifs et de les atteindre.

 

Pour aller plus loin : le marché des cahiers de vacances en quelques chiffres :

  • L’offre est de plus en plus nombreuse : 4,2 millions d’exemplaires ont été vendus en 2013 pour un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros.
  • Le prix moyen est de 6,10 euros.
  • Le cycle primaire représente 46 % du chiffre d’affaires des cahiers de vacances.
  • La plus forte croissance est enregistrée pour le lycée et notamment à pour les élèves de seconde, même si pour cette tranche d’âge l’offre est moins importante que pour les plus jeunes.
  • L’anglais et le français sont les matières plébiscitées lorsque le cahier de vacances n’est pas un tout-en-un comme c’est souvent le cas pour les petites classes.
  • Les cahiers de vacances présentant des personnages issus de licences connaissent une progression plus importante que les cahiers « classiques ».

* Sources : étude Iredu 2001 et étude GFK juin 2014

 



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