Les français et l’école : une étude* réalisée par IFOP pour Acteurs Publics



Reléguée dans la hiérarchie des préoccupations des Français derrière l’emploi ou le pouvoir d’achat, l’Ecole n’en demeure pas moins un enjeu à la fois suivi avec intérêt par les citoyens mais constituant un point de crispation majeur dans l’opinion, au regard de la difficulté rencontrée depuis plus de trente ans par le politique à réformer l’institution scolaire. Ainsi, les suppressions de poste dans l’Education nationale comme la récente réforme du lycée ont suscité un important débat, tant au sein de la communauté éducative –première concernée par ces mesures – que parmi le grand public mais, surtout, elles ont exacerbé la crise interne de l’institution. C’est dans ce contexte troublé qu’Acteurs Publics a demandé à l’Ifop de déterminer l’état de l’opinion sur la question scolaire. La réalisation de cette enquête sur le rapport des Français àl’école était donc l’occasion de confronter les personnes interrogées aux principaux arguments avancés par les parties en présence et plus largement de faire le point sur les missions assignées àl’Ecole.

1. Un net rejet des suppressions de postes.

S’agissant des suppressions de postes initiées depuis 2007 par le Ministère, les résultats obtenus s’avèrent particulièrement éclairants. Ils attestent, si besoin était compte-tenu du contexte de fortes tensions sociales dans lequel s’inscrit cette enquête, de l’hostilité dont pâtit aujourd’hui le discours réformateur du président de la République et de son Ministre de l’Education nationale. Ainsi, à peine plus de trois interviewés sur dix (31% exactement) souscrivent à l’argument présidentiel selon lequel en supprimant des postes dans l’Education nationale on peut dégager des fonds pour améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants. A contrario, l’opposition s’avère particulièrement vive et d’une intensité rarement mesurée dans les enquêtes d’opinion : 68% des personnes interrogées réfutent le raisonnement maintes fois avancé par l’exécutif, 42% allant jusqu’à se déclarer «pas du tout d’accord». Dès lors, les opposants à la suppression de postes dans l’Education nationale bénéficient en toute logique du soutien massif de l’opinion : 63% des interviewés (dont 41% de «tout à fait d’accord») affirment que cette mesure affaiblit le système éducatif français, 36% exprimant un avis contraire.

Dans le détail, l’hostilité à la suppression de postes dans l’Education nationale ou du moins les doutes exprimés quant à l’efficacité revendiquée de cette mesure se répercute dans la plupart des catégories de population interrogées. Cette tendance de fond ne doit toutefois pas masquer l’existence d’un net clivage générationnel au sein de la population. L’opposition à l’argument présidentiel selon lequel les suppressions de postes permettent d’améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants est certes majoritaire auprès de l’ensemble des classes d’âge interrogées mais elle passe de 81% (son score le plus élevé) parmi les jeunes âgés de moins de 25 ans à«seulement» 52% chez les plus de 65 ans. De même, une très forte majorité des premiers (80%) considère que cette mesure affaiblit le système éducatif contre une minorité–non négligeable –des seconds (46%).

En revanche et contre toute attente, les différences de perceptions entre salariés du secteur privéet salariés du secteur public s’avèrent minimes voire insignifiantes. A titre d’exemple, 78% des premiers réfutent les bénéfices défendus par Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos contre 72% des seconds.

Au final, seuls les sympathisants de l’UMP adhèrent majoritairement aux suppressions de postes dans l’Education nationale, àhauteur de 56% contre seulement 20% chez les sympathisants de l’extrême gauche et 16% chez ceux des partis de la gauche parlementaire.
Pour autant, ce résultat ne doit pas masquer le fait que seuls 47% des électeurs de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle du printemps 2007 partagent cette opinion. Signe d’ailleurs d’un certain trouble au sein du socle partisan du président de la République, 48% des sympathisants de l’UMP (et 49% de l’électorat de Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle) se révèlent sensibles à l’argument de l’affaiblissement du système éducatif français du fait des suppressions de postes.

2. Des perceptions partagées et défavorables sur le report de la réforme des lycées.

Les Français interrogés se montrent en revanche moins catégoriques sur le report de la réforme de la seconde et du lycée décidé mi décembre 2008 par Xavier Darcos après les manifestations lycéennes. Cette décision partage les personnes interrogées : 47%
l’approuvent alors qu’une courte majorité (50%) fait part de sa désapprobation. Dans le détail, on observe un clivage socioprofessionnel très net opposant les catégories moyennes et supérieures (professions intermédiaires, cadres et professions libérales: 54%) soutenant le report de la réforme du lycée aux catégories populaires (ouvriers 54%, employés 58%) qui manifestent leur opposition.

L’analyse des réponses par sous-populations révèle toutefois qu’au delà de cette fracture de l’opinion, le report de la réforme, à savoir la posture médiane adoptée par le Ministère de l’Education –entre retrait du projet et maintien coûte que coûte –ne convainc pas. Ainsi, la décision de Xavier Darcos est désapprouvée et ce pour des raisons sans doute différentes par les personnes âgées de moins de 25 ans comme par les plus de 65 ans (54% dans ces deux segments). Sans doute s’agit-il pou les premiers de contester le report d’un an en lieu de place de l’abandon attendu. Quant aux seconds, ils regrettent probablement le fléchissement perçu face aux manifestations lycéennes.

Ce constat est identique du point de vue politique: le report de la réforme est mollement approuvé par le peuple de gauche: à peine un sympathisant des partis de la gauche parlementaire (51% voire 52% chez les sympathisants socialistes) ou de la gauche radicale
(51% et 53% chez les proches du Nouveau Parti Anticapitaliste) approuve la décision du Ministère de l’Education, fortement inspirée, il est vrai, par le président de la République. A l’inverse, 55% des sympathisants de droite font part de leur désapprobation et expriment sans doute eux aussi le reproche dans cette affaire devoir l’exécutif reculer face à la contestation de la rue et perdre de vue le cap des réformes.

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Frédéric DABI –Directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop
Yves-Marie CANN –Directeur d’études au département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop

*Echantillons :Échantillon de 952 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Dates de terrain : Du 12 au 13 février 2009
Mode de recueil : Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées.

Source : IFOP




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