Le Collegium de Lyon explore l’apprentissage du langage



Défi sociétal, technologique, médical et culturel, le langage est au cœur de nombreux questionnements scientifiques majeurs, nécessitant de faire reculer les frontières de la connaissance. Au Collegium de Lyon, la communication humaine fait partie d’une des thématiques scientifiques prioritaire.
Ainsi, depuis septembre 2008, le Collegium de Lyon accueille le chercheur québécois Yvan Rose, linguiste, spécialiste de l’acquisition du langage chez l’enfant. Yvan Rose concentre ses recherches sur la période couvrant le babillage jusqu’à l’émergence des premières phrases, vers l’âge de quatre ans. Ses recherches doivent permettre de mieux comprendre les mécanismes d’acquisition langagière chez l’enfant et, d’un point de vue théorique, d’établir des liens plus tangibles entre les axes de recherche sur les périodes pré-verbales et verbales.

Comment est né votre projet de recherche ?
Si l’on devait définir ce qui caractérise l’espèce humaine, ce serait sans aucun doute le langage. Les animaux sont capables de communiquer entre eux mais seuls les humains ont la capacité de converser. Outre cette faculté universelle, la linguistique démontre que les langues sont en réalité très similaires. Les différences ne sont en fait que superficielles. Il existe plusieurs méthodes pour appuyer ce constat : soit en définissant des correspondances entre les langues, soit en analysant comment les bébés apprennent une langue. C’est cette dernière méthode que j’ai choisi d’approfondir.

Comment vous y prenez-vous pour mener vos recherches ?
Je travaille sur le long terme. J’observe une demi-douzaine d’enfants en direct, sur une période de 2 ans au minimum, et des milliers d’enfants des corpus déjà établis ou des résultats d’études transversales portant sur des grandes populations d’apprenants, de l’âge de 6 mois à 4 ans. J’étudie l’évolution de la prononciation d’un même mot jusqu’à la prononciation parfaite ; autrement dit de la perception du langage jusqu’à la production du langage. Je n’analyse pas uniquement l’apprentissage du français, mais également celui du portugais, de l’anglais, du néerlandais et de l’allemand. Je cherche à définir ce qui est commun chez ces enfants en matière d’acquisition langagière, quelle que soit leur langue maternelle.

Est-il plus difficile pour un enfant d’apprendre deux langues en même temps qu’une seule ?
Pas du tout. Il faut casser le mythe de la confusion des langues. L’enfant est tout à fait capable d’assimiler plusieurs langues dès son plus jeune âge et de les différencier avant même de parler. Le cerveau d’un bébé n’étant pas encore formé, l’acquisition de plusieurs langues en parallèle se fait tout naturellement. A contrario, une personne apprenant une langue à 20 ans ne pourra jamais la parler aussi bien qu’une personne l’ayant assimilée bébé. C’est d’ailleurs faire un réel cadeau à son enfant que de lui transmettre deux langues dès son plus jeune âge !

Pouvez-vous d’ores et déjà apporter quelques conclusions ?
Je constate qu’en ce qui concerne l’acquisition du langage, les langues répondent à des principes généraux. L’enfant découpe les mots en syllabe et en sons et organise sa langue autour de la syllabe accentuée. Par exemple, les enfants anglais qui prononcent leurs premières syllabes accentuent bien le mot « helicopter » sur la première syllabe, marmonnant le reste du mot. En français à l’inverse, l’accent est porté sur la dernière syllabe. On entendra alors plutôt s’esquisser un « ter ». Ce sont également les débuts de syllabes qui sont typiquement prononcés en premier par l’enfant. Par exemple, pour le mot pasta en italien, l’enfant à un stade précoce prononcera « pata » et laissera tomber le « s ».
Outre les similitudes entre les langues, chaque langue a également des propriétés propres et donc des problèmes spécifiques, comme la prononciation. Par exemple, en anglais le « r » se transforme souvent en « w », ce qui n’est pas le cas en français.

Pensez-vous pouvoir faire évoluer l’orthophonie ?
Mon travail de recherche va notamment permettre d’aider le travail des orthophonistes qui n’ont ni le temps, ni l’expertise nécessaire pour faire ce type de comparaisons. D’une part, ces recherches permettront de définir si l’enfant a un problème superficiel ou linguistique général. Mes travaux ont d’ores et déjà permis de faire évoluer les outils existants et créer du nouveau matériel orthophoniste.

A propos du Collegium de Lyon –
Le Collegium de Lyon est un Institut d’Études Avancées (IEA), membre et siège du Réseau Thématique de Recherche Avancée (RTRA) en sciences humaines et sociales. Ce réseau, unique en France dans ces disciplines, compte parmi les 13 projets retenus par l’État à l’issue du Pacte pour la recherche lancé en 2006 par le Ministère de la Recherche.
Sa vocation est de créer une communauté scientifique d’excellence, favorisant les échanges entre les disciplines, les cultures et les langues dans une logique de développement de réflexions transversales et de lancement de recherches pionnières. Depuis sa création en 2006, le Collegium de Lyon a ainsi lancé deux thématiques scientifiques prioritaires autour du comportement et des pratiques de santé et autour du langage. L’Institut prend aussi part activement au sein de la chaire mémoire, culture et interculturalité, rapprochant recherche, entreprise et action publique.

Source: Agence Noir sur Blanc au nom du Collégium de Lyon




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