Faut-il parler des récents attentats avec ses enfants ?


Quelle tristesse d’avoir une fois encore à aborder le sujet des attentats en famille. Quelle désolation quelques jours après l’atroce exécution de Samuel Paty de devoir protéger les enfants des images sur les écrans de l’agression meurtrière qui a eu lieu dans une église à Nice hier. Faut-il en parler à ses enfants et comment le faire sachant que la disparition du professeur assassiné sera évoquée avec eux à l’école je jour de la rentrée ?

Sur le fond, l’article que j’ai écrit le 8 janvier 2015 après l’assassinat d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo et celui que j’ai publié après les attentats du 13 novembre 2015 sont toujours d’actualité.

En parler à tout âge

Les enfants sont sensibles aux émotions : aux nôtres, à celles des gens qui les entourent, et ce dès tout petit. Ils comprennent quand quelque chose ne va pas : ce sont des « éponges ». Les rassurer en les câlinant et en leur expliquant que l’on a de la peine peut suffire.

A partir de 3 ou 4 ans, ils entendent beaucoup de choses que les adultes ne soupçonnent pas toujours. Pour les « sécuriser », il est préférable de devancer ce qu’ils vont entendre à l’école -en classe comme dans la cour- en en parlant avec eux avec vos propres mots, pour que le discours tenu soit adapté à leur âge.

Avec des plus grands, il convient d’être vigilant avec les mots employés afin d’éviter la mauvaise compréhension des faits. Ils ont également besoin d’être rassurés : ils se posent des questions et les choses peuvent être confuses pour eux. C’est le rôle des parents de leur rendre la lecture des événements la plus simple et la plus claire possible.

En fonction de leur âge, pour certains d’entre nous, il a déjà fallu leur expliquer avec des mots choisis des événements dramatiques tels que le 11 septembre 2001, le 21 avril 2002, les tueries de Toulouse et de Montauban les 11 et 15 mars 2012, les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 (Charlie Hebdo, Montrouge, le magasin cacher), le soir du 14 juillet 2016 à Nice sur la Promenade des Anglais… mais également de façon plus large tous les conflits politiques et/ou religieux qui se passent au niveau mondial et qui donnent lieu à des images insoutenables auxquelles ils sont susceptibles d’avoir accès malgré la vigilance parentale.

Revenir sur ce que les enfants ont entendu

Depuis le 16 octobre 2020, dernier jour d’école avant les vacances de la Toussaint, il faut revenir sur ce que les enfants ont entendu ou vu, et ce quel que soit leur âge, même si en tant que parents nous préférerions ne pas avoir à trouver les mots justes pour expliquer ce qu’il s’est passé ce jour-là et hier encore à Nice. Les émotions peuvent submerger y compris les adultes, la peur peut aussi toucher les parents.  Pourquoi et comment de tels crimes peuvent-ils être perpétrés n’est pas simple à expliquer à des enfants.

Que vous ayez pris les devants ou que vous vous apprêtiez à en parler avec vos enfants ce week-end, à répondre à leurs questions, employez des mots simples et adaptés à leur âge. Au besoin, invitez-les à prendre des crayons pour dessiner leur perception et leurs émotions. Aidez-les à verbaliser et/ou extérioriser leur ressenti par la parole ou par le dessin. Avec les plus grands, il est également possible d’aller plus loin, non pas forcément parce que le cœur vous en dit, mais parce que vous êtes nombreux à vous sentir orphelins de cette liberté de pensée bafouée justement parce qu’elle est libre.

Le 16 et le 29 octobre 2020, des personnes sont mortes dans des attentats terroristes pour la « seule » raison qu’elles se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, dans la rue, dans une église… Des personnes qui ne demandaient rien à personne et qui ont payé de leur vie un lourd tribut à l’obscurantisme, au fanatisme, à l’extrémisme, à l’intégrisme…

Passée l’émotion, il est bon de reparler avec les enfants, de leur expliquer les conséquences de ces acte terroristes parce que cela va être encore évoqués par leurs enseignants dès le jour de la rentrée scolaire.

Les enfants en bas âge feront peut-être des cauchemars de « vilains », de « méchants ». Le rôle de parents est de les amener à s’exprimer, de les protéger autant que faire se peut et de les rassurer.

Ecoute, bienveillance, protection, respect, liberté, justice, tolérance… sont les mots qui me viennent spontanément à l’esprit.
Et pour continuer à les rassurer, après avoir discuté avec eux, reprendre sa routine du soir pour qu’ils ne sentent pas leur univers menacé est important : après le repas du soir, finir tendrement la journée par une histoire, des câlins, des bisous, le doudou, le marchand de sable… pour que la vie reprenne ses droits et son cours, tout en sachant que cela fait des années que rien n’est plus tout à fait comme avant entre attentats et plus récemment ce virus qui fait de la résistance.

Anne Vaneson-Bigorgne

 



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