DU BONHEUR D’ETRE PARENTS D’UN ENFANT PRECOCE



Rencontrer Monique de Kermadec, c’est un plaisir, c’est un honneur, c’est une parenthèse de bienveillance doublée de douceur. Ce sont des mots justes posés sur un « phénomène » dont on n’a jamais autant entendu parler autour de nous.

C’est incroyable le nombre de personnes, le plus souvent des mamans, qui expliquent que, parce que leur enfant comprend vite et s’ennuie à l’école, il doit être doué, surdoué, petit génie, précoce… La langue française regorge de mots ès matière. Dans la terminologie, on parle d’abord d’enfant précoce puis d’adulte surdoué. Monique de Kermadec préfère la notion de « douance » voire de gifted en anglais : de talent.

Parce que le plus souvent le sujet est traité sous l’angle des difficultés à être parents d’enfants précoces, des problèmes de scolarité, j’ai choisi de l’aborder différemment en m’interrogeant sur le bonheur qu’il y a à être parents d’enfants précoces.

Parce qu’assurément, il y en a. J’ai dans mon entourage très proche un petit prince de tout juste 7 ans dont je me dis qu’il l’est, et ma rencontre avec Monique de Kermadec couplée à la lecture du livre Le petit surdoué de 6 mois à 6 ans, n’a fait que renforcer cette conviction. Et cet enfant, c’est un concentré de bonheur. Parce qu’il est vif dans sa réflexion, parce qu’il vous « scotche » parfois par ses propos, parce qu’il est possible d’avoir des échanges passionnants sur des sujets improbables avec lui, parce qu’il est bluffant quand il vous parle de Napoléon, qu’il est à mourir de rire dans certaines de ses comparaisons, qu’il est déconcertant quand il me parle de sa vision de mon métier, etc. et je pourrais continuer cette liste à l’envi.

Pour autant, j’imagine qu’au quotidien il n’est pas toujours simple de vivre avec un enfant aussi éveillé et avec autant d’à-propos, qui est en perpétuel questionnement. Mais qu’est-ce que c’est passionnant dès lors que les parents le laissent à sa place d’enfant, sans le considérer comme un « rival » au plan intellectuel.

L’erreur à éviter est de ne pas laisser à l’enfant son statut d’enfant. Son intelligence fait que la frontière entre l’enfant et l’adulte est souvent gommée : le raisonnement, l’enfant l’a, mais son expérience de vie est limitée. C’est pour cela qu’il est utile de partager avec lui des conseils, son recul sur la vie et les choses de la vie. Pour que la relation soit un bonheur, il faut qu’un dialogue s’installe et que les parents gardent à l’esprit que certains mots prononcés ne sont pas à prendre de façon littérale.

Pour que l’adulte prenne du plaisir avec l’enfant précoce, il faut poser des mots, parler, découvrir la profondeur de son intelligence, prendre le temps de l’écouter, le temps de comprendre et d’accepter son imaginaire.

Il faut également avoir à l’esprit que les règles seront transgressées et qu’il faudra les rappeler. Surdoué ne veut pas dire être un adulte : les limites seront testées, c’est normal, c’est un enfant avant tout.

En tant que parents, casser les codes est parfois nécessaire, par exemple en partageant des jeux de société mais plutôt par terre que sur une table, en choisissant un jeu à base d’eau (pour le côté transversal de l’activité), un jeu de rôle ou encore avec des personnages de la famille.

C’est merveilleux d’avoir un enfant qui cherche à comprendre, il faudra juste lui apprendre à attendre, à gérer la frustration de l’attente. En revanche, aucune question ne doit rester sans réponse, et avec de « vraies » réponses, pas seulement des « c’est comme ça et ce n’est pas autrement » ou encore des « parce que ». Les notions de tabou et d’interdit ne vont également pas le satisfaire.

Et Monique de Kermadec d’expliquer qu’« un enfant précoce est un enfant avec qui on a une qualité de relation particulière dès les premiers jours avec un échange proche de la complicité qui s’instaure, une ouverture à l’autre. L’échange est la part la plus importante qui commence à travers le regard et qui va s’amplifier avec l’accès au langage avec des échanges riches sur de nombreux de sujets. C’est un enfant intense dans son affection, qui ne peut pas laisser indifférent, avec qui on a une pleine conscience de contact et de vie pleine de part et d’autre. »

L’enfant précoce vit aussi de façon très forte les relations et à ce titre, les déplacements professionnels de ses parents peuvent le déstabiliser. Il a besoin d’être rassuré en établissant un « pont » entre le maintenant et le retour du parent en voyage. Chercher à le leurrer serait une erreur.

Ne pas être disponible 24h/24 n’est pas un problème à partir du moment où le temps dégagé est un temps de qualité propice à l’épanouissement de l’enfant pour l’aider à grandir de façon harmonieuse.

Monique de Kermadec renforce cette nécessité en ajoutant que « les parents sont des alliés fondamentaux » et qu’il existe des « enfants précoces épanouis, mais le plus souvent, c’est grâce à leurs parents et à toute leur famille. » Ces enfants ont besoin d’être valorisés, accompagnés, encouragés pour renforcer leur estime d’eux, sans pour autant surinvestir la relation avec eux.

Une dernière chose, leur réactivité émotionnelle est une force, à condition de les aider à exprimer leurs émotions. Et pourquoi de ne profiter du film Vice Versa pour en parler avec eux. J’ai emmené à l’avant-première presse un petit prince qui a sidéré les personnes de chez Disney présentes par sa compréhension du sujet et sa capacité à en parler.

Oui, je suis convaincue, de façon indéfectible qu’il y a un vrai bonheur à être parents d’un enfant précoce.

 

Quelques chiffres

L’enfant surdoué se distingue par un QI de 130 et plus et concerne 2 % des enfants en France, soit 400 000 enfants en âge d’être scolarisés. Cela représente 1 à 2 élèves par classe en moyenne.

 

Monique de Kermadec : parcours résumé d’une experte

Dès qu’elle a son bac en poche, elle part aux Etats-Unis où elle restera treize ans. Elle y obtient un doctorat de philosophie et littérature comparée et y enseigne. De retour en France, elle complète ses études avec un DESS et un DEA de psychologie clinique. Elle se forme en parallèle pour devenir psychanalyste, puis travaille en tant que psychologue à l’Assistance Publique à Paris, en Hôpital Spécialisé et en CMPP.

Elle est aujourd’hui spécialiste de la précocité et de la réussite, chez l’enfant comme chez l’adulte. Elle a reçu à ce jour plus de 8 000 familles en bilan et en entretien, et s’appuie sur son expérience pour formuler de nouvelles réponses à la question fondamentale de la réussite.

Elle a publié en complément des ouvrages cités ci-dessous L’adulte surdoué en 2011 chez Albin Michel.

Elle participe à de nombreuses conférences, en France comme à l’étranger et est membre de l’American Psychological Association, de l’Association Psychanalytique de France et de l’International Pyschoanalytical Association.

 

Pour aller plus loin sur le sujet :

Le petit surdoué de 6 mois à 6 ans

  • Monique de Kermadec et Sophie Carquain
  • Editions Albin Michel, 2013, 215 pages
  • 13,50 euros

Pour que mon enfant réussisse (le soutenir et l’accompagner)

  • Monique de Kermadec
  • Editions Albin Michel, 2010, 176 pages
  • 14,50 euros

 




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