COMPORTEMENTS ALIMENTAIRES DES ENFANTS ET ADOLESCENTS – (2)



Les liens entre réactivité olfactive et sélectivité alimentaire
Première question à laquelle l’étude Opaline s’est attachée à répondre : un enfant particulièrement réactif au plan olfactif présente-t-il une typologie spécifique au plan alimentaire (enfant difficile, avec de nombreux rejets, néophobe, sélectif…) ? Par exemple, peut-on dégager des relations spécifiques entre la sensibilité à l’odeur de l’acide butyrique et un rejet caractérisé pour les fromages, aliments contenant cet odorant ? En d’autres termes, un enfant qui n’aime pas, par exemple, le poisson, n’est-il pas simplement plus sensible à l’un des composés olfactifs participant à son goût ?

Pour le savoir, des tests olfactifs ont été réalisés sur des odeurs alimentaires auprès d’enfants de la cohorte Opaline. Les odorants testés ciblaient des odeurs associées soit à des aliments généralement appréciés des enfants (fraise, vanille…), soit à des aliments rejetés (poisson, fromage…). L’analyse des comportements alimentaires s’est appuyée, d’une part, sur des questionnaires relatifs au comportement alimentaire de l’enfant et, d’autre part, sur des carnets de suivi alimentaire remplis par les parents. Ces derniers comportent un relevé exhaustif et précis des consommations, permettant de calculer des indices d’exposition et de variété du régime alimentaire. Ils comportent également des notes d’appréciation pour les premières introductions de chaque nouvel aliment, permettant ainsi de calculer des indices de rejet, de néophobie et de sélectivité alimentaire. A l’appui de traitements statistiques, les chercheurs ont mis en relation les données des questionnaires et des carnets de suivi avec les résultats des tests olfactifs. Les analyses sont en cours, mais les résultats préliminaires laissent à penser que « les enfants les plus difficiles au plan alimentaire (sélectifs, néophobes, peu intéressés par la nourriture) se révèlent aussi être les plus réactifs au plan olfactif », explique le Dr Sandrine Monnery-Patris.

Une sélectivité à 25 % familiale
Seconde question que se sont posée les chercheurs impliqués dans le dispositif Opaline: existe-t-il un lien entre le degré de sélectivité alimentaire de l’enfant et les pratiques éducatives familiales ?

Peu d’études avaient jusque-là tenté de savoir si une éducation alimentaire permissive (respect de l’appétit et des préférences de l’enfant au point de lui préparer son menu propre), intermédiaire (encouragement à manger des quantités adaptées à l’appétit de l’enfant) ou autoritaire (parents qui forcent l’enfant à finir son assiette sans tenir compte de la faim ou de l’état de fatigue de l’enfant par exemple) avait une telle influence.

Les résultats de l’étude Opaline indiquent que 25 % du degré de sélectivité de l’enfant est expliqué par les pratiques familiales. Ainsi, parmi les cinq facteurs prédictifs d’une plus forte sélectivité de l’enfant, trois relèvent de la volonté de la mère de répondre aux désirs de ce dernier : un style éducatif permissif, un comportement alimentaire guidé par les préférences (et non un souci de poids, de praticité, de santé, de naturel ou encore de prix) et une stratégie alimentaire basée sur les préférences de l’enfant (et non sur la coercition, l’explication ou la contingence). « Ces pratiques familiales impliquent la préparation de menus limités aux seules préférences de l’enfant, réduisant dès lors l’exposition de ce dernier à une alimentation variée durant ses premières années, alors que c’est justement cette variété qui facilitera l’acceptation de la nouveauté », poursuit le Dr Sandrine Monnery-Patris.

Les deux autres facteurs prédictifs de la sélectivité de l’enfant, à savoir l’utilisation de la coercition et de l’alternative, sont les témoins d’un comportement parental autoritaire visant à forcer l’enfant à goûter l’aliment rejeté. « Nos résultats vont dans la droite ligne des précédentes études soulignant que les stratégies autoritaires et permissives sont, l’une comme l’autre, associées à une néophobie de l’enfant, résume le Dr Sandrine Monnery-Patris. Reste néanmoins à savoir dans quel sens se fait la relation de cause à effet : la sélectivité de l’enfant est-elle la conséquence de l’attitude de ses parents ou la réaction parentale est-elle induite par la difficulté à nourrir l’enfant ? »

« Ainsi, dans la compréhension des déterminants des comportements alimentaires, ces données corroborent l’hypothèse d’une origine environnementale et sensorielle, et offrent de nouvelles pistes de réflexion quant aux pratiques éducatives à développer pour éveiller le plaisir de la dégustation et favoriser l’ouverture du répertoire alimentaire du jeune enfant », conclut le Dr Sandrine Monnery- Patris.

A propos du Dr Sandrine Monnery-Patris
Titulaire d’un doctorat de psychologie et actuellement chargée de recherche à l’Inra de Dijon, Sandrine Monnery-Patris travaille actuellement sur l’étude des déterminants environnementaux et sensoriels des comportements alimentaires de l’enfant. Parmi les déterminants environnementaux, une part importante de l’activité de recherche est dédiée à l’impact des styles et des stratégies éducatives en matière d’alimentation sur le tempérament de l’enfant (néophobie, sélectivité…) et dans l’émergence du surpoids, en collaboration avec Natalie Rigal. Parmi les déterminants sensoriels, la réactivité olfactive est explorée de la naissance à la préadolescence. Les recherches reposent sur des méthodes déclaratives (questionnaires), comportementales (observation de repas) et/ou expérimentales.

Source : Institut Danone




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