Comment vivre le confinement du mieux possible en famille entre télétravail et continuité pédagogique ?


Depuis le 16 mars 2020 les écoles sont fermées, depuis le 17 mars 2020 à 12h, le confinement et l’urgence sanitaire sont déclarés et toutes les personnes sont l’activité peut être effectuée en télétravail doivent rester chez elles avec leur-s enfant-s si elles en ont -enfant-s qui ne sont pas en vacances (sauf pendant les deux semaines des congés de printemps) et qui sont astreints à une continuité pédagogique jusqu’à ce que les établissements scolaires rouvrent leurs portes. 

Télétravail pour de nombreux adultes ; écoles et devoirs à domiciles pour les enfants ; arrêt des activités extra-scolaires, éloignement des camarades et de la famille ; congés et jours fériés confinés ; restrictions de sorties alors que la douceur printanière s’installe… cela fait beaucoup de contraintes à assembler pour une durée qui ne semble plus déterminée pour le moment, mais qui va encore durer plusieurs semaines. Face à cette situation inédite et anxiogène compte tenu des risques sanitaires et médicaux encourus, comment les parents peuvent-ils prendre soin d’eux, gérer leur propre travail, gérer leur stress, ne pas se mettre trop de pression sur la dimension éducative habituelle, rassurer leur-s enfant-s… afin de préserver l’équilibre familial pendant toute la durée du confinement ?

Nos Bambins a sollicité Florent Duchesne, préparateur mental, hypnopraticien qui accompagne enfants, adolescents et adultes en hypnose, en PNL, dans le cadre d’apprentissages scolaires, activités sportives et de préparation aux examens et concours pour lui demander comment aider les familles à vivre ce confinement.

Nos Bambins (NBB) : comment s’organiser pour que toutes les personnes confinées cohabitent lors des temps de télétravail, de continuité pédagogique et de vie de famille ?

Florent Duchesne (FD) : « Le confinement est maintenant mis en place depuis 3 semaines et les clés de la réussite relationnelle en famille sont une bonne organisation et une bonne communication. Rappelons que le contexte est nouveau, pour tous, et que l’environnement quotidien change pour la plupart d’entres nous. Le lieu d’habitation, ordinairement occupé pour les soirées et les week-ends se trouve transformé en lieu de travail où le réseau internet devient le précieux sésame pour sortir et entrer en contact avec l’extérieur. Il est fondamental de faire un premier retour d’expérience sur ce qui se passe bien et qui peut être amélioré, sur le temps et les lieux de travail des membres de la famille, mais aussi sur les moments de loisir. Ce feedback, réalisé régulièrement et, idéalement, avant les premières tensions, permettra à chacun de s’exprimer et d’effectuer les réajustements nécessaires. »

NBB : Doit-on conserver le même rythme qu’en période scolaire pour les enfants ?
FD : Le temps de travail scolaire quotidien, hors week-end, va varier, selon les âges des enfants, de 1 heure à quelques heures. Il va donc être nécessaire de gagner en souplesse sur l’emploi du temps des enfants.

NBB : Comment introduire cette souplesse en plus de son emploi du temps professionnel à domicile ?

FD : Comme l’emploi du temps en télétravail va rester sensiblement le même, les parents pourront traiter les tâches qui demandent de la concentration lorsque les enfants dorment encore. Profiter des temps de pause pour s’occuper des questions relatives aux devoirs qui demande de l’attention est une possibilité.

NBB : Quelle pression mettre sur la dimension éducative habituelle pour que les enfants continuent à apprendre et à travailler sans leur faire perdre le moral face à tous ces changements aussi pour eux ?

FD : Il est bon de rappeler aux enfants les avantages du confinement, comme se lever plus tard, travailler moins longtemps qu’une journée d’école habituelle. Avoir plus de temps de jeu va aussi leur permettre au quotidien de continuer à apprendre, sans pression, et les aider à conserver une attitude positive. Pendant ce temps de confinement, ils ont désormais la possibilité d’apprendre les mêmes choses, chacun à leur rythme. Leur moral passera essentiellement par le moral qu’auront les adultes autour d’eux. C’est pourquoi continuer de leur parler avec bienveillance, calme, et en profiter pour écouter leur rythme et leur faire confiance, tout en vérifiant que les devoirs sont faits, correctement, et dans des délais raisonnables, va être important voire pourrait augmenter la confiance et l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes.

NBB : Doit-on les lever à la même heure que d’habitude sachant que l’heure de lever est souvent très matinale en période « classique » d’école ?

FD : Garder un rythme de sommeil régulier et cohérent avec celui d’avant est très important, aussi bien pour faciliter les apprentissages, que pour maintenir une atmosphère paisible entre les membres de la famille. Pour les moins jeunes, les parents peuvent aussi profiter de cette période pour gagner en souplesse sur les horaires de lever, en particulier depuis le passage à l’heure d’été. Maintenir une heure de coucher raisonnable, différente des week-ends, et adaptée à l’âge de l’enfant va également dans ce sens.

NBB : Mettre en place un emploi du temps détaillé pour aider les enfants à se repérer, s’organiser voire être plus autonomes pour les plus grands est-il utile ?

FD : L’organisation de son propre planning et celui de ses enfants est une bonne solution, aussi bien pour le temps de travail et scolaire, que pour le temps de cuisine et des repas, ou encore celui des loisirs seul ou ensemble : cela permettra une bonne entente entre chacun. D’ailleurs, mettre en place un emploi du temps détaillé va rassurer certains enfants ou certains parents et, dans ce cas, ce moyen va s’avérer utile. Il va être aussi primordial si les ressources informatiques (nombre d’ordinateurs disponible ou débit du réseau informatique) doivent être partagées sur certains créneaux dans la semaine. Pour autant, selon l’âge, la maturité et le travail scolaire proposé et différent chaque jour, cela peut aussi être source de tension. Aussi, je préfère qu’un dialogue entre l’enfant et ses parents soit instauré pour permettre de faire les choix les plus judicieux et adaptés au contexte du jour. Pour les plus grands, c’est l’occasion, tout en continuant de vérifier le travail effectué dans les délais impartis, que de l’autonomie se met en place : cela les fera gagner en confiance en eux, les parents pourront également gagner du temps au quotidien et c’est un bel ancrage positif pour leur futur retour à l’école, même dans quelques mois.

NBB : Comment gérer les écrans en ce moment, sachant que c’est aussi l’une des solutions pour rester en lien avec ses camarades et sa famille ?

FD : A contexte exceptionnel, règles exceptionnelles : il paraît difficile de combler les heures de travail scolaire sans avoir recours aux écrans à un moment de la journée, surtout lorsque les parents sont en train de travailler à la maison et peut-être souvent au téléphone ou derrière l’écran de leur ordinateur. Cela peut aussi être l’occasion de trouver des émissions éducatives comme Lumni dans le cadre de la mission « Nation apprenante » diffusées sur les chaînes de France Télévisons ou sur le site internet de La Maison Lumni), des chaînes YouTube sur des sujets qui intéressent les enfants pour répondre à une forme d’« écran utile ». Les écrans leur permettent également de rester en contact avec de la famille éloignée ou des amis, ce qui est important pour entretenir les relations sociales et garder le lien. Leur autoriser davantage d’écrans, c’est aussi leur montrer que les parents sont prêts, pendant cette période, à faire des efforts d’adaptation. Ces moments uniques dans la vie « confinée » peuvent également permettre de se retrouver autour de jeux de société, de leur apprendre à cuisiner, de les impliquer dans les tâches ménagères quotidiennes, etc.

NBB : Comment expliquer la situation aux enfants y compris petits ?

FD : Il est important de poser des mots simples, adaptés à leur âge, sur ce qu’ils voient, entendent, vivent. Il est nécessaire de maintenir le dialogue, d’écouter leurs peurs, leur tristesse, leurs colères ou leurs joies… et il est important et d’y répondre y compris en utilisant judicieusement des métaphores adaptées à la maturité et la sensibilité de chaque enfant. Expliquer la réalité de la situation sans angoisser est l’équilibre à trouver chaque jour, pour chacun d’entre nous.

NBB : Comment les rassurer sur le fait qu’ils reverront leurs camarades, qu’ils fêteront les anniversaires « manqués », qu’ils reprendront leurs activités, sachant que les plus petits ne sont pas forcément reliés entre eux par les réseaux sociaux.

FD : L’imaginaire fait partie intégrante du quotidien des enfants, en particulier les plus jeunes. Les accompagner en répondant à leurs attentes et parfois être surpris par leurs idées pour gérer un anniversaire unique tout en leur proposant de faire la liste des invités, préparer les invitations, discuter du thème choisi, de la décoration, du gâteau, des activités, ou bien sur ce qu’ils auront envie de faire lorsque le confinement sera terminé, les rassurera assurément.

NBB : Comment faire pour que les enfants dépensent leur énergie physique sans sortir ou si peu ?

FD : Il est primordial de conserver ses habitudes pour celles et ceux qui pratiquaient un sport régulièrement ou d’en créer de nouvelles pour les autres. Les activités physiques peuvent aussi être l’occasion d’un moment en famille. Cela peut être de la préparation physique généralisée (abdos, gainage, squats), mais aussi en profiter pour s’étirer un dos souvent endolori par nos positions dans la journée, faire du yoga, du Pilates, ou de la méditation, pour apprendre à gérer l’instant présent et à mieux accueillir ses émotions. De nombreux programmes existent et sont adaptés au niveau et à l’âge des participants. On peut en profiter pour les challenger, leur faire relever des défis, afin qu’ils apprennent le dépassement de soi, et en profiter pour gagner en confiance en percevant leurs progrès dans les activités retenues.

NBB : Le confinement engendre des envies de grignotages, que peut-on faire pour les « maîtriser » ?

FD : Au-delà de conserver un rythme de repas cohérent avec celui d’avant confinement, il va être primordial de distinguer l’envie de manger de la faim. L’envie peut être la conséquence d’un ennui, ou d’un passage plus régulier dans sa journée dans ou devant la cuisine. Faire des séances quotidiennes de méditation de pleine conscience est bien utile pour écouter différemment son corps, ses besoins, ses envies, et prendre conscience si l’information qui arrive au cerveau est une réelle faim (car il est l’heure de manger) ou un simple besoin de distraction. Observer sans juger cela, comme ce qui nous touche depuis plusieurs semaines, est l’un des secrets pour reconnaître ce qu’il se passe vraiment en nous.

Petits et grands en ces moments si particuliers ont besoin d’être aidés, rassurés, encouragés, écoutés. Imaginer, participer, faire ensemble parfois et seul-e à d’autres moments, se faire confiance, respecter le planning quotidien, se projeter en réfléchissant à ce que l’on voudrait faire à la fin du confinement… sont des aides pour continuer à vivre cette situation qui va encore durer quelques semaines.

Merci à Florent Duchesne pour ses conseils.
Que la force soit avec vous !

Anne Vaneson-Bigorgne

A propos de Florent Duchesne :

  • Préparateur mental, hypnopraticien qui accompagne enfants, adolescents et adultes en hypnose, en PNL, dans le cadre d’apprentissages scolaires, activités sportives et de préparation aux examens et concours, etc.
  • Reçoit en consultation à son cabinet à Aix-en-Provence (Centre commercial Tour d’Aygosi – 67, cours Gambetta), en visioconférence ou par Skype
  • Le site Préparateur mental flow vous en dit plus sur ses méthodes et ses pratiques.

 



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