Cancers de l’enfant : Une avancée diagnostique majeure pour la prise en charge du neuroblastome (1)



A l’Institut Curie, l’équipe d’Olivier Delattre (Unité de Génétique et Biologie des cancers, Institut Curie/U830 Inserm) vient d’identifier deux profils génétiques distincts prédictifs des risques d’évolution tumorale du neuroblastome, la tumeur solide extra-cérébrale la plus fréquente chez l’enfant.

Le gain ou la perte de chromosomes entiers se retrouve le plus souvent dans les tumeurs
localisées de bon pronostic ; en cas de rechute, celle-ci est locale. En revanche, la perte ou le gain de certaines régions des chromosomes est le signe d’une tumeur très agressive.
L’intégration de ces nouvelles données génétiques au diagnostic conduira à une réduction des chimiothérapies chez les enfants ayant une tumeur facilement contrôlable et, dans le cas contraire, à une intensification des traitements, voire au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques. Ces résultats, obtenus grâce à une vaste étude multicentrique, sont publiés dans le Journal of Clinical Oncology du 1er mars 2009.

Le neuroblastome est la tumeur solide extra-cérébrale la plus fréquente chez le jeune enfant. 50 % des enfants atteints – aussi bien des filles que de garçons – ont moins de 2 ans. En France, on compte environ 150 nouveaux cas par an. L’Institut Curie prend en charge un quart de ces nouveaux patients. C’est un centre de référence internationale pour la prise en charge et la recherche sur cette pathologie, qui se développe au détriment du système nerveux sympathique et touche principalement l’abdomen.

Le neuroblastome se caractérise par une extrême variabilité clinique et évolutive, allant de la régression spontanée sans traitement à la progression rapidement fatale, malgré une chimiothérapie intensive.

Un diagnostic affiné grâce à la génétique
Parmi les altérations génétiques décrites dans le neuroblastome, la présence de multiples copies de l’oncogène1 N-Myc dans une cellule tumorale est associée à un risque élevé de développer des métastases. L’analyse de ce gène fait désormais partie de l’arsenal diagnostique. Toutefois ce paramètre n’explique pas l’ensemble des risques d’évolution et d’autres signatures doivent être recherchées.
L’équipe « Génétique et biologie des tumeurs pédiatriques » du Dr Olivier Delattre à l’Institut Curie2 a développé plusieurs approches pour mieux caractériser les anomalies génétiques mises en jeu dans les neuroblastomes, notamment des modifications à l’échelle des chromosomes. Près de 500 neuroblastomes – dont l’évolution était déjà connue – ont ainsi été passés au crible des puces CGH-array, qui permettent une analyse globale de certaines régions du génome. Cette vaste étude rétrospective a été possible grâce à une collaboration entre plusieurs départements de Pédiatrie en Belgique, en Allemagne et en France.
Deux grandes familles d’altérations émergent : les tumeurs de bon pronostic présentent des
altérations touchant des chromosomes entiers. Alors que les tumeurs agressives se caractérisent par des gains ou des pertes partiels de chromosomes. Une perte partielle du bras court du chromosome 1 ou du bras long du chromosome 11, et dans une moindre mesure du bras long du chromosome 1, est le signe d’un neuroblastome très agressif. Même chez les patients où les marqueurs cliniques actuellement pris en compte indiquent un bon pronostic, la présence d’altérations partielles des chromosomes est clairement associée à un risque d’évolution tumorale élevée.
Ces deux familles d’instabilité génomique, identifiées par les chercheurs de l’Institut Curie, reflètent très certainement des mécanismes d’oncogenèse distincts influant sur la capacité évolutive de la tumeur.

(Suite)

1 Forme mutante d’un gène (proto-oncogène) qui contrôle la croissance et la division cellulaires. Il contribue à transformer une cellule normale en une cellule
cancéreuse. Une mutation au niveau d’une seule des deux copies du proto-oncogène est nécessaire pour entraîner la production d’une protéine hyperactive
qui stimule continuellement la prolifération cellulaire.
2 Unité de Génétique et Biologie des cancers, Institut Curie/U830 Inserm, également dirigée par le Dr Olivier Delattre.
3 « Somatic and germline activating mutations of the ALK kinase receptor in neuroblastoma » I. Janoueix-Lerosey et coll. Nature, 16 octobre 2008, vol. 455, p. 967.
4 « Treatment of Localised Resectable Neuroblastoma. Results of the LNESG1 study by the SIOP Europe Neuroblastoma Group » B. De bernardi et coll. Br. J. Cancer. Octobre 2008, vol. 99(7), p. 1027.
5 « Excellent Outcome With Reduced Treatment for Infants With Disseminated Neuroblastoma Without MYCN Gene Amplification. » B. De Bernardi et coll. J Clin Oncol. 26 jan 2009 Jan 26. Publication en ligne.
6 « Poor Survival for Infants With MYCN-Amplified Metastatic Neuroblastoma Despite Intensified Treatment: The International Society of Paediatric Oncology European Neuroblastoma Experience. » A. Canete et coll. J Clin Oncol. 26 jan 2009 Jan 26. Publication en ligne.

Source : Institut Curie




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