Cancer de l’enfant : Découverte d’un gène dont l’altération est responsable du neuroblastome



L’altération du gène Alk est étroitement associée au développement de la tumeur solide extra-cérébrale la plus fréquente chez l’enfant, le neuroblastome.
C’est ce que révèle, dans une publication à paraître dans Nature du 16 octobre, l’équipe d’Olivier Delattre (Unité Inserm 830 « Génétique et Biologie des cancers ») de l’Institut Curie. En étudiant les formes familiales de cette tumeur, les chercheurs concluent également qu’Alk est un gène de prédisposition au neuroblastome.
Cette découverte va permettre d’identifier d’une part, dans les familles à risque, les enfants
porteurs d’une altération du gène Alk pour leur proposer un suivi régulier et, d’autre part, pour les neuroblastomes résistants aux traitements actuellement disponibles, de mettre au point de nouvelles armes thérapeutiques. Car actuellement plus de la moitié des enfants diagnostiqués pour un neuroblastome présentant des métastases décèdent encore des suites de leur maladie.

Le neuroblastome est la tumeur solide extra cérébrale la plus fréquente chez les jeunes enfants. 50 % des enfants atteints – aussi bien des filles que des garçons – ont moins de 2 ans. En France, on compte environ 150 nouveaux cas par an. L’Institut Curie prend en charge un quart de ces nouveaux patients.
C’est un centre de référence internationale pour la prise en charge et la recherche sur cette pathologie.

Le neuroblastome se développe au détriment du système nerveux sympathique et plus précisément, au niveau des petites cellules rondes dérivées de la crête neurale, une région transitoire caractéristique des embryons de vertébrés. Il touche principalement l’abdomen, et plus rarement le thorax, le cou et la partie inférieure du bassin.

Alk, acteur clé du développement du neuroblastome
A l’Institut Curie, l’équipe d’Olivier Delattre, directeur de l’Unité Inserm 830 « Génétique et Biologie des cancers », vient de montrer que le gène Alk est impliqué dès les toutes premières étapes du développement du neuroblastome.

Grâce à une collaboration nationale avec d’autres centres prenant en charge cette pathologie et au rapprochement exemplaire entre les médecins et les chercheurs de l’Institut Curie, l’équipe d’Olivier Delattre a pu analyser « génétiquement » 592 prélèvements de neuroblastome. Ils ont ainsi découvert que le gène Alk était altéré dans toutes ces tumeurs, soit par une augmentation du nombre de copies, soit par des mutations activatrices. En
outre, l’inhibition du gène Alk dans des cellules de neuroblastome entraîne une forte baisse de la prolifération cellulaire.

Les chercheurs montrent par ailleurs que, dans les formes familiales de neuroblastome, des mutations de ce gène sont transmises aux descendants. Alk acquièrent ainsi le statut de gène de prédisposition au neuroblastome. En étudiant une dizaine de formes familiales, une équipe américaine confirme d’ailleurs ce résultat dans le même numéro de Nature1.
Grâce à cette découverte, le service de Génétique de l’Institut Curie, dirigé par le Pr Dominique Stoppa- Lyonnet, va désormais pouvoir identifier, dans les familles à risque, les enfants porteurs d’une mutation du gène Alk et leur proposer une surveillance adaptée, ce qui devrait permettre un diagnostic plus précoce de la maladie.

Des applications thérapeutiques devraient découler rapidement de cette découverte. Car précise le Dr Olivier Delattre, « le gène Alk est aussi impliqué dans certains lymphomes et un type de cancers du poumon, et des molécules pouvant contrecarrer son effet ont déjà été identifiées ». Alk code pour un récepteur à activité tyrosine kinase présent à la surface des cellules et qui fonctionne comme un interrupteur. Constamment allumé dans les cellules tumorales, il leur ordonne de se multiplier sans cesse.
Or, poursuit le chercheur et pédiatre, « dans d’autres cancers, comme par exemple le cancer du sein, des molécules pouvant bloquer l’effet de ce type de récepteurs – Herceptine® pour n’en citer qu’une – sont déjà utilisées en routine. » Les études précliniques devraient rapidement débuter pour tenter d’évaluer l’efficacité de ces molécules sur l’évolution tumorale du neuroblastome.

C’est un espoir important pour les jeunes patients car, dans certaines formes, la progression rapide de la tumeur n’est nullement enrayée par les chimiothérapies actuellement disponibles.
Cette étude a reçu une aide financière de la Ligue contre le cancer et de plusieurs associations :
Association des Parents et des Amis des Enfants Soignés à l’Institut Curie (APAESIC), Bagouz à Manon, Association Hubert Gouin, Les Amis de Claire et Enfance et Santé.

Du 20 au 30 mars 2009, Une Jonquille pour la Vie, 10 jours de solidarité contre le neuroblastome
Pour la 6e année consécutive, le public est invité à soutenir la recherche sur le cancer et fêter l’arrivée du printemps en participant à l’opération « Une Jonquille pour la Vie » du 20 au 30 mars 2009 dans toute la France.
Cette année, les fonds collectés financeront le programme de recherche sur le neuroblastome de l’équipe d’Olivier Delattre.
Les cinq premières éditions de l’opération ont permis de collecter près de 600 000 euros pour financer des programmes innovants de recherche sur le cancer.

Références
« Somatic and germline activating mutations of the ALK kinase receptor in neuroblastoma »
Isabelle Janoueix-Lerosey1,2, Delphine Lequin1,2, Laurence Brugières3, Agnès Ribeiro4, Loïc de Pontual5, Valérie Combaret6, Virginie Raynal1,2, Alain Puisieux6,7,8, Gudrun Schleiermacher1,2,9, Gaëlle Pierron4, Dominique Valteau- Couanet3, Thierry Frebourg10, Jean Michon9, Stanislas Lyonnet5, Jeanne Amiel5 and Olivier Delattre1,2,4
1
Institut Curie, Centre de Recherche, Paris, 2Inserm, U830, Paris, 3Institut Gustave Roussy, Département de pédiatrie, Villejuif,. 4Institut Curie, unité de Génétique Somatique, Paris, 5Département de Génétique, Université Paris Descartes, Faculté de Médecine et INSERM-U781, Hôpital Necker- Enfants Malades, Paris, 6Centre Léon Bérard, FNCLCC, Laboratoire de Recherche Translationnelle, Lyon, 7Inserm, U590, Lyon, 8Université de Lyon, Lyon1, Institut des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques, Lyon, 9Institut Curie, département de Pédiatrie, Paris, 10Service de Génétique, CHU de Rouen et Inserm U614, Faculté de Médecine et de Pharmacie, Rouen.
Nature, 16 octobre, vol. 455

Source: Institut Curie




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